La Croix-Rouge française identifie un potentiel de réduction de 1 200 tonnes de CO₂ sur 328 de ses sites
- Secteur public
- Transition écologique et sociétale
Un entretien avec Aziz Aouachria
Aziz Aouachria, Responsable Département maintenance, énergie et sécurité à la Croix-Rouge française, revient sur les tenants et aboutissants du projet.
Le challenge
Comprendre le potentiel solaire d’un patrimoine complexe et multisites
Quels enjeux vous ont amenés à lancer ce projet ?
Ce projet est né de la volonté de la Croix-Rouge française de réduire son empreinte carbone tout en maîtrisant durablement sa facture énergétique.
Dans le cadre du décret tertiaire, imposant aux bâtiments à usage tertiaire de réduire progressivement leur consommation d’énergie, de nombreux sites ont été audités. Ces audits ont régulièrement mis en avant le photovoltaïque comme levier majeur d’optimisation. L’évolution réglementaire, avec la loi APER, qui prévoit des obligations de solarisation pour certains bâtiments et parkings, et la loi LOM, avec ses obligations d’installation d’infrastructures de recharge pour véhicules électriques (IRVE) dans certains parkings de bâtiments non résidentiels, nous poussait aussi à évaluer ce potentiel.
Face à la diversité du patrimoine de la Croix-Rouge française (établissements avec hébergement, unités spécifiques très énergivores, bureaux tertiaires), l’enjeu consistait à comprendre où le photovoltaïque pouvait réellement être pertinent, comment l’autoconsommation pouvait contribuer à réduire les achats d’électricité sur le réseau, et dans quelle mesure il pouvait s’intégrer dans la stratégie globale de transition énergétique de l’association.
La solution
Une co-construction progressive pour fiabiliser, prioriser et modéliser le potentiel photovoltaïque
Comment le projet s’est-il déroulé ?
La mission a été coconstruite entre la Croix-Rouge française et Wavestone.
Le premier défi a consisté à rafraîchir et fiabiliser la base patrimoniale de la Croix-Rouge française, en éliminant les sites hors périmètre et en recentrant l’étude sur les surfaces exploitables. Les critères clés ont été définis ensemble : typologie de sites, surfaces disponibles, présence de parkings, exposition, présence d’ombrages, types de toitures, potentiel et besoin d’autoconsommation, ou encore contraintes liées au remplacement potentiel de chaufferies par des pompes à chaleur.
Nous avons ajusté progressivement les hypothèses afin de construire une matrice d’analyse complète, capable d’évaluer chaque site selon une logique reproductible. Le langage de programmation Python et le système d’information géographique QGIS ont été utilisés pour modéliser le potentiel solaire site par site, croiser données cadastrales et critères techniques, et produire une cartographie opérationnelle des sites les plus pertinents.
Au-delà de l’analyse technique, la démarche a intégré des enjeux économiques et réglementaires spécifiques au monde associatif : coût de l’investissement pour l’installation photovoltaïque sur les 328 sites, contraintes liées à la revente d’électricité, recours potentiel au tiers-investissement.
Le projet s’est rapidement révélé fédérateur : il a mobilisé la direction financière, la fiscalité et les équipes d’exploitation, avec des réflexions sur les modes de financement. Ce caractère transverse a permis de faire monter les équipes en compétence sur le sujet. La dimension collective a été déterminante : comités de pilotage réguliers, implication d’experts métiers, validations croisées, autant d’éléments qui ont contribué à structurer une vision partagée.
Au-delà des chiffres, nous sommes fiers de la réussite collective qu’est ce projet. Il est né d’une page blanche, et aujourd’hui nous avons une vision claire, chiffrée et exploitable de notre potentiel photovoltaïque.
Les résultats
Une cartographie claire, un outil de modélisation et 328 sites à potentiel photovoltaïque
Quels sont les principaux résultats obtenus à l’issue de ce travail ?
Nous disposons désormais d’une cartographie complète du potentiel photovoltaïque du patrimoine de la Croix-Rouge française. Cette analyse montre que 328 sites présentent des conditions favorables à l’installation de panneaux solaires et fournit une estimation précise du potentiel de production, tant en puissance installable qu’en kilowattheures produits et autoconsommés.
Elle offre également une vision budgétaire structurée, permettant d’anticiper les coûts comme les économies envisageables, tout en intégrant des indicateurs élargis d’impact carbone, un bénéfice qui n’était pas initialement attendu mais qui s’avère déterminant pour l’association.
Enfin, l’étude met à disposition un outil de modélisation capable, à partir de quelques données clés seulement, de projeter immédiatement le potentiel photovoltaïque de n’importe quel nouveau site du parc. Ce travail fournit un socle robuste pour lancer des projets pilotes, notamment sur les sites de Nice et Pau, et faciliter la recherche de partenaires financiers, un enjeu crucial dans le secteur associatif.
L’écoute, la fluidité des échanges et la capacité à se challenger collectivement ont rendu cette mission particulièrement agréable et efficace. Nous avions tous l’objectif d’aboutir à un résultat utile et durable.
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