Wavestone et EPE : exploiter les données ESG grâce à l’IA
- Transition écologique et sociétale
Entretien avec Cécile Denormandie et Cédric Baecher
Comment l’IA peut-elle transformer des milliers de pages de reporting ESG en connaissances exploitables ? C’est l’ambition de « Blue Wave by Wavestone », plateforme d’analyse ESG développée conjointement par Entreprises pour l’Environnement et Wavestone, capable d’analyser des milliers de pages de documents propres aux entreprises et d’en extraire des connaissances directement exploitables. Cécile Denormandie, Déléguée générale d’EPE et Cédric Baecher, Partner Sustainability, Wavestone reviennent sur les origines du projet, la démarche mise en œuvre et les enseignements tirés de cette première expérimentation.
Le challenge
Donner du sens à un volume croissant de données ESG
Quelle est la genèse de ce projet ?
CD. Les entreprises publient aujourd’hui une quantité considérable de données ESG, mais ces informations demeurent dispersées dans des centaines de rapports souvent longs, hétérogènes et difficiles à exploiter à grande échelle. Dans le cadre de ses travaux 2026 sur le thème « Eau et continuité d’activité », EPE souhaitait mieux comprendre et valoriser les pratiques de ses membres afin de dégager les grandes tendances des stratégies déployées face aux enjeux liés à l’eau.
Il s’agit d’un enjeu stratégique et transversal à de nombreux secteurs et au cœur des réflexions internationales, notamment dans la perspective de la Conférence des Nations Unies sur l’eau de décembre 2026. C’est un domaine où une meilleure connaissance des risques, des dépendances et des bonnes pratiques peut contribuer directement à renforcer la résilience des entreprises face aux pressions croissantes qui s’exercent sur la ressource.
Comment l’intelligence artificielle est-elle apparue comme une solution ?
CD. Dans un contexte d’accélération du déploiement de l’IA et face aux nombreuses opportunités comme aux défis qu’elle soulève, nous avons voulu expérimenter comment l’intelligence artificielle pouvait non seulement accélérer le traitement des données ESG, mais aussi aider notre organisation à transformer un volume croissant d’informations en connaissances utiles à la décision et à l’action.
Cet exercice a permis à l’équipe d’EPE d’exploiter une base de données de plusieurs dizaines de milliers de pages pour en tirer des analyses et des interprétations sur la thématique de l’eau, exercice qui aurait été impossible à réaliser sinon. L’objectif n’est pas de remplacer l’expertise humaine mais de l’augmenter, en permettant aux équipes RSE de consacrer davantage de temps à l’interprétation des résultats, au partage des bonnes pratiques et à la création de valeur.
La solution
Co-construire une solution IA sur mesure
Quelle a été la démarche de construction de l’outil ?
Cédric. Dès le départ, nous avons fait le choix d’une véritable démarche de co-construction entre EPE, les équipes Sustainability et l’IA Lab de Wavestone. Cette complémentarité entre l’expérience pratique des membres d’EPE sur les enjeux de durabilité et la double expertise technologique et métiers ESG de Wavestone a été déterminante. Wavestone a par ailleurs choisi d’accompagner cette expérimentation à titre pro bono, convaincu que ce projet constituait un terrain particulièrement intéressant pour explorer les apports de l’IA au service des enjeux environnementaux. Nous avons commencé par définir un cadre méthodologique robuste : périmètre thématique aligné sur les exigences de la CSRD (ESRS E3 – Ressources aquatiques et marines), structuré autour de dix grandes catégories d’analyse, périmètre documentaire et référentiel d’interprétation permettant de garantir la qualité et la comparabilité des résultats. L’outil a ensuite été développé en deux mois selon une logique de test & learn, avec de nombreuses itérations entre experts métiers et experts technologiques, afin d’améliorer progressivement la qualité des analyses et la fiabilité des résultats.
Comment la plateforme fonctionne-t-elle ?
CB. « BlueWave by Wavestone » repose sur une architecture d’intelligence artificielle composée de plusieurs agents spécialisés qui collaborent entre eux pour sélectionner les méthodes d’analyse les plus pertinentes, explorer de vastes corpus documentaires et produire des réponses systématiquement sourcées. Une attention particulière a été portée à la robustesse des résultats grâce à la combinaison de recherches lexicales, de recherches sémantiques et d’analyses approfondies, complétées par une validation régulière des résultats par les experts métiers.
Nous avons également fait le choix de privilégier la qualité et la comparabilité des données en nous appuyant d’abord sur les rapports de durabilité conformes à la CSRD ainsi que sur les documents d’enregistrement universel (URD), dont la structure facilite les analyses comparatives. Le périmètre a ensuite été progressivement élargi à d’autres rapports RSE ou ESG publiés sur une base volontaire.
Les résultats
Seule, l’IA seule ne suffit pas à exploiter tout le potentiel des données de durabilité
Quels sont les résultats obtenus et les premiers enseignements ?
CB. En quelques mois, l’outil a permis d’exploiter un corpus de plusieurs dizaines de milliers de pages de reporting ESG issues des publications des membres d’EPE et d’en extraire des analyses structurées, comparables et directement exploitables.
La plateforme produit désormais automatiquement des fiches entreprises standardisées et peut réaliser des analyses transversales ou sectorielles en quelques minutes. Il nous permet d’avoir une visibilité claire sur les stratégies « eau » des entreprises, d’analyser la prise en compte des risques et opportunités associés à cette ressource ou encore de comparer les pratiques observées entre secteurs d’activité.
CB. Le principal enseignement du projet est que la technologie seule ne suffit pas. La qualité du référentiel, la structuration des données et l’expertise métier restent essentielles pour garantir des analyses pertinentes et fiables. Cette expérimentation montre qu’une nouvelle génération d’outils d’intelligence artificielle peut contribuer à franchir un cap dans l’exploitation des données de durabilité. Face à l’explosion des volumes d’information disponibles, ces approches permettront demain d’accélérer la production de connaissances utiles à la décision, au pilotage des transformations et au partage des bonnes pratiques.
Quelles sont les prochaines étapes ?
CD. Nous avons déjà présenté l’outil aux membres d’EPE qui s’intéressent dans leur ensemble au développement d’outils IA. Nous présenterons la démarche et les premiers résultats lors du colloque DEFi4 2026 à l’occasion d’un atelier consacré au thème « Eau et continuité d’activité ». Notre ambition est également de faire connaître plus largement cette initiative à l’occasion de la Conférence des Nations Unies sur l’eau en décembre prochain.
À terme, nous aimerions pouvoir étendre la démarche à d’autres thématiques ESG telles que le climat, la biodiversité ou l’économie circulaire, et plus largement à tout contexte nécessitant l’analyse de grands volumes de documents complexes.
Les entreprises produisent aujourd’hui une quantité considérable de données ESG. Le défi n’est plus tant de disposer d’informations que de pouvoir les analyser, les comparer et en tirer des enseignements utiles à l’action.
L’innovation ne réside pas seulement dans la capacité de l’IA à analyser des milliers de pages en quelques instants. Elle réside surtout dans sa capacité à rendre cette masse d’informations exploitable pour éclairer les décisions, grâce à la combinaison de l’intelligence artificielle et de l’expertise humaine.
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