RSE : de l’engagement à la création de valeur
Publié le 13 octobre 2026
- Transition écologique et sociétale
En bref
- La RSE s’affirme comme un véritable levier business : 76 % des répondants estiment qu’elle aide leur entreprise à se démarquer de ses concurrents et 75 % qu’elle constitue un argument de vente explicite dans les offres et appels d’offres.
- Le principal défi est désormais d’en objectiver la valeur économique : 54 % des répondants déclarent mesurer ou piloter les retombées économiques de leur stratégie RSE, mais seuls 10 % disposent d’indicateurs formalisés.
- La RSE progresse dans les décisions stratégiques et les métiers, mais son intégration reste inégale : les Achats figurent parmi les fonctions les plus avancées, tandis que la Finance présente un profil plus contrasté et que la transformation de la Supply Chain reste moins visible ou moins formalisée.
Pour sa 5e édition, le Baromètre RSE & Transformation durable de Wavestone et de l’ORSE (ouvre dans un nouvel onglet) s’est intéressé à une question devenue centrale pour les entreprises : comment transformer les engagements de durabilité en création de valeur concrète ?
Menée auprès de 174 professionnels exerçant au sein d’entreprises françaises, principalement issus de la fonction RSE mais également de la Finance, de la Stratégie, des Achats, de la Communication, du Marketing et du Commercial, cette nouvelle édition fait apparaître un changement de perspective : la RSE est de plus en plus associée à la performance, à la maîtrise des risques et à la création de valeur. Mais un écart important subsiste entre la valeur qui lui est attribuée et la capacité des entreprises à la mesurer.
De la conviction à la preuve : le défi de la mesure économique
C’est sans doute le principal point de bascule de cette édition 2026 : alors que la valeur de la RSE est largement reconnue, les entreprises peinent encore à la traduire en indicateurs économiques suffisamment robustes pour éclairer leurs décisions.
54 % des répondants mesurent ou pilotent aujourd’hui les retombées économiques de leur stratégie RSE. Mais seuls 10 % le font à travers des indicateurs formalisés, tandis que 44 % assurent un suivi partiel. 31 % affichent par ailleurs l’ambition de mettre en place cette mesure.
L’enjeu consiste donc à passer d’une logique de conviction à une logique d’objectivation, en rapprochant davantage investissements engagés, bénéfices générés et gains opérationnels. Une équation d’autant plus complexe que les effets économiques de la RSE se manifestent souvent dans la durée : 66 % des répondants jugent notamment que les retombées financières sont longues à observer.
Cette difficulté se retrouve dans la gestion des risques. Alors que 70 % des répondants lient politique RSE et gestion des risques, seul un répondant sur trois chiffre l’impact financier attendu des risques futurs sur son activité.
Comme le soulignait déjà l’édition 2025 de notre baromètre, l’intelligence artificielle peut contribuer à cette évolution : 59 % des organisations interrogées en 2025 déclaraient déjà y recourir pour la mesure et la communication ESG. L’enjeu est désormais d’utiliser l’IA pour mieux structurer les données, objectiver les impacts et rapprocher performance durable et performance économique, tout en veillant à un usage responsable, sobre et éthique.
La RSE entre dans une nouvelle phase. Après le temps des engagements et celui de la mise en conformité, l’enjeu est désormais de démontrer sa contribution concrète à la performance, à la résilience et à la compétitivité. Pour franchir ce cap, les entreprises doivent mieux relier données ESG et indicateurs économiques, et donner à la Finance comme aux Métiers les moyens d’intégrer la durabilité dans leurs principaux arbitrages stratégiques et d’investissement.
Faire de la RSE une grille de lecture des décisions stratégiques
La mesure économique est d’autant plus déterminante que la RSE commence à entrer dans les décisions structurantes des entreprises.
Deux tiers des répondants intègrent des critères ESG dans leurs décisions d’investissement, même si ceux-ci ne sont pas nécessairement déterminants dans les arbitrages. Seul un répondant sur trois considère en effet ces critères comme déterminants et systématiques dans ses décisions d’investissement.
Les priorités de performance envisagées à horizon 2030 illustrent ce rapprochement entre performance économique et durable : 61 % des répondants citent l’excellence opérationnelle et la satisfaction client, 60 % la performance globale RSE, 58 % la performance financière et 41 % la capacité d’innovation.
La RSE tend ainsi à devenir une grille de lecture plus large de l’investissement, du risque, de la résilience et de l’allocation du capital.
Une transformation qui se diffuse dans les métiers
Cette évolution ne peut cependant pas reposer sur les seules directions RSE. Le Baromètre montre que les enjeux de durabilité commencent à se diffuser dans la gouvernance et les pratiques opérationnelles des différentes fonctions, mais à des rythmes encore inégaux.
Les Achats figurent parmi les fonctions les plus avancées dans l’évolution des compétences et la mise en place de nouveaux processus RSE. La Finance présente un profil plus contrasté, tandis que la transformation apparaît moins visible ou moins formalisée au sein de la Supply Chain / Logistique et de l’Ingénierie / R&D.
Cette appropriation constitue une étape essentielle pour inscrire durablement les critères ESG dans le pilotage de l’entreprise. Parmi les répondants des fonctions Finance, Communication/Marketing et Commercial, 70 % déclarent ainsi comprendre leur rôle vis-à-vis des engagements sociaux et environnementaux de leur entreprise.
Ce Baromètre 2026 montre que la contribution de la RSE au business est pleinement reconnue, mais que le travail d’intégration dans les mécanismes de décision reste à accomplir. Il faut dépasser le cloisonnement entre performance financière et extra-financière. Rendre la RSE irréversible suppose de former l’ensemble des métiers business et d’inscrire la durabilité au cœur même du pilotage de la performance globale de l’entreprise.
Méthodologie
Ce baromètre repose sur l’analyse statistique des réponses de 174 répondants français issus de plusieurs fonctions : RSE, Finance, Stratégie, Communication, Opérations, Achats, Marketing et Commercial. L’échantillon reste majoritairement composé de profils RSE (70 %) et de grandes organisations (55 % de plus de 5 000 salariés). Les réponses ont été recueillies en avril-mai 2026 via un questionnaire en ligne. L’étude quantitative a été complétée par 7 entretiens qualitatifs approfondis (Accor, CMA CGM, Danone, ENGIE, MAIF, RTE et un groupe pharmaceutique). Ce baromètre mesure avant tout la perception des entreprises interrogées ; il ne constitue pas une démonstration causale des effets observés.
Nos remerciements à Géraldine Fort (ORSE), Louise Chochod, Sarah Sammut et Iris Valère (Wavestone) pour leur contribution à ce baromètre.
Wavestone et l’ORSE tiennent également à remercier l’ensemble des participants qui ont répondu au questionnaire constituant la base de cette édition du Baromètre RSE et Transformation durable.