Relier les mondes : une (nécessaire) aventure collective pour un futur durable
Publié le 4 juillet 2024
- Conformité, risque et résilience
La vision du monde présentée par Ovide au premier siècle de notre ère, dans les Métamorphoses, est d’une actualité bouleversante. La magnitude des bouleversements contemporains (géopolitiques, technologiques, sociétaux, environnementaux) rappelle avec force l’importance de la transformation, ou plutôt des transformations, sans lesquelles aucune organisation ne peut raisonnablement se projeter avec confiance dans l’avenir.
Quels ponts créer et quelles formes de réconciliations inventer en priorité ?
Dans un monde de plus en plus fragmenté, « relier les mondes » devient une mission d’importance stratégique à laquelle chaque acteur et organisation peut et doit contribuer à sa mesure. Autant pour défendre ses propres intérêts (renforcer la résilience de ses activités, anticiper et préparer l’avenir…), que pour préserver les grands équilibres socioéconomiques et environnementaux communs, dont dépend notre capacité collective à créer de la valeur sur le long terme. Comment y parvenir ? En organisant de manière pragmatique et cohérente la convergence des trois grandes transformations clés (transformation digitale, transformation des modèles d’affaires, transformation durable), en cultivant le courage de changer pour susciter des idées innovantes, voire pionnières ou disruptives, plutôt que de les saper, ou encore en encourageant de nouveaux modes de management et leadership fondés sur l’écoute, le dialogue interculturel, l’apprentissage continu et la lecture systémique des enjeux.
Relier « Nord Global » et « Sud Global »
Pour relier les mondes, un premier prérequis consiste à s’intéresser aux grands enjeux géopolitiques contemporains, aux nouvelles « lignes de forces » qui structurent les relations internationales et les chaînes de valeur mondiales, soumises à des pressions croissantes (cf. par exemple la géoéconomie des ressources naturelles stratégiques, indispensables à la transition énergétique et écologique).
En juin 2024, a eu lieu au Brésil le premier sommet « PRIORITÉ FII » d’Amérique latine, organisé par l’Institut FII (Future Investment Initiative, organisation mondiale à but non lucratif visant à créer les conditions d’un avenir meilleur pour l’humanité) auquel Wavestone a participé.
Dans une étude mondiale la « nouvelle boussole », couvrant 50.000 répondants dans 23 pays et dévoilée à cette occasion, l’Institut FII met en évidence les priorités les plus pressantes de l’humanité, pour aider les dirigeants mondiaux à identifier les meilleures voies permettant de répondre à ces attentes. Cette étude montre clairement qu’entre Nord Global et Sud Global, les attentes et préoccupations environnementales prioritaires des citoyens convergent (voir ci-dessous).
Source : Etude FII, juin 2024
Ces données ont alimenté les discussions des plus 1 500 délégués (responsables gouvernementaux, chefs d’entreprise de divers secteurs, acteurs de la société civile), réunis sous le thème « Investir dans la dignité », pour examiner ensemble comment les investissements dans la transition écologique, les technologies, l’innovation et l’inclusion sociale peuvent contribuer à la prospérité et à construire un nouvel ordre mondial.
Pour gagner en résilience, il faut d’abord savoir se montrer curieux et ouvert à tout ce qui se passe autour de soi. En tant que leader, j’ai toujours considéré mon ignorance comme mon arme la plus redoutable. Lorsqu’on gravit les échelons, il devient plus important et plus efficace de poser les bonnes questions, plutôt que d’asséner ses propres convictions. Le pouvoir d’une simple question peut s’avérer immense : à condition d’avoir le bon état d’esprit et une attitude d’humilité. Un leader qui pose des questions peut avoir un impact immense sur tout un système de valeurs au sein de son organisation. Il est souvent préférable d’admettre que l’on ne sait pas, et encore mieux d’aller chercher soi-même les réponses. Il s’agit en réalité de construire une réelle culture de l’apprentissage continu.
Les leaders doivent laisser à leurs équipes suffisamment de temps, d’espace et d’autonomie pour expérimenter de nouvelles approches plus durables. On ne peut pas simplement exiger un changement radical des manières de faire, sans accompagner les collaborateurs par une véritable culture d’ouverture au changement. Le changement intervient à de multiples échelles, au sein des organisations. Il faut laisser à chacun(e) la chance et l’opportunité de trouver sa propre passion en lien avec la transformation durable, et la contribution concrète qu’il ou elle sera en mesure d’apporter dans le cadre de ses activités quotidiennes. Il est essentiel de renforcer la culture de la collaboration, de l’apprentissage mutuel entre secteurs, et au sein de chaque chaîne de valeur.
Relier « expertises » et « profils d’acteurs »
Relier les mondes, c’est aussi relier les savoirs et leurs producteurs. Le dialogue interdisciplinaire et les approches méthodologiques hybrides constituent des leviers essentiels pour aborder efficacement la complexité du monde et guider les processus de prise de décision en contexte d’incertitude. Acteurs académiques et acteurs de terrains doivent s’allier pour mutualiser leurs efforts et renforcer l’accessibilité de leurs travaux.
Dans la continuité d’un partenariat de longue date, après une précédente collaboration sur la thématique de la qualité de l’air, Wavestone et l’Institut Veolia préparent en 2024 une publication internationale conjointe (FACTS Report) explorant les liens entre climat, santé et environnement.
Objectif : faciliter les regards croisés sur des sujets au carrefour de la société et de l’environnement, dans une logique résolument interdisciplinaire, valorisant les expertises et les bonnes pratiques de différents acteurs (chercheurs, organisations internationales, ONG, entrepreneurs sociaux, pouvoirs publics, entreprises…), aussi bien dans les pays en développement que dans les pays industrialisés. Au total, la publication (accessible à tous) regroupera une vingtaine d’articles produits par des chercheurs et acteurs de premier plan, partageant librement leurs référentiels d’analyse et leurs convictions.
Notre société a le devoir de recréer des perspectives pour les jeunes générations. L’entreprise doit être un lieu où retrouver le plaisir du vivre ensemble, le goût de l’action, la satisfaction du résultat. Les jeunes générations y sont prêtes. Leur capacité à s’engager est intacte, leur sens du collectif également. Faisons œuvre de pédagogie. Débattons de nos convictions. Professons les mérites de la nuance, de la mise en perspective. Ouvrons nos collaborateurs à d’autres pays, à d’autres cultures, ils en ont le souhait. Profitons-en pour réhabiliter l’idéal européen. Ayons l’exigence de nous comporter en entreprises citoyennes même (et surtout) si cela peut peser sur nos chiffres à court terme. Nos collaborateurs n’en seront que plus motivés à recréer à leur tour du lien au sein de la société.