Souveraineté, IA, compétitivité : les nouveaux défis de l’Europe au cœur des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence
6 juillet 2026 · News
En bref
La souveraineté change de nature
Longtemps cantonnée à la défense et aux fonctions régaliennes de l’État, la souveraineté est aujourd’hui devenue un enjeu économique majeur. Les dépendances industrielles, énergétiques et numériques, ainsi que celles liées plus spécifiquement à l’intelligence artificielle, en ont profondément redéfini les contours.
Ce changement de perspective traduit une réalité simple : dans un monde où les dépendances technologiques, industrielles ou énergétiques deviennent des leviers de puissance, préserver sa capacité d’action est devenu un enjeu de compétitivité.
Construire une autonomie stratégique pragmatique
Lors de sa prise de parole, Pascal Imbert a défendu une approche résolument pragmatique.
Les entreprises européennes ont adopté les meilleures technologies disponibles. Ce choix était rationnel et a largement contribué à leur compétitivité. Mais, avec l’accélération du numérique et de l’IA, certaines dépendances sont progressivement devenues économiques, puis stratégiques.
La réponse n’est ni le repli, ni la recherche d’une autosuffisance illusoire. Elle consiste à mieux connaître ces dépendances, à identifier celles qui sont réellement critiques et à développer des leviers de résilience : diversification des fournisseurs, développement d’alternatives européennes lorsque cela est pertinent, recours accru à l’open source… Pour, in fine, préserver la compétitivité tout en retrouvant des marges de manœuvre.
Donner à l’Europe les moyens de ses ambitions
L’Europe ne manque ni de talents ni d’innovation. Elle peine en revanche à transformer ces atouts en champions capables de changer d’échelle. Deux leviers apparaissent prioritaires : une véritable union des marchés de capitaux pour financer la croissance des entreprises innovantes, et un marché européen plus intégré, permettant aux entreprises de se développer avec davantage de fluidité.
La compétition autour de l’IA ne se joue pas uniquement sur les modèles, mais aussi sur les infrastructures : semi-conducteurs, data centers, énergie… À cet égard, la capacité de la France à produire une électricité largement décarbonée constitue sans doute un atout stratégique.
L’IA : une transformation d’abord humaine
L’intelligence artificielle était omniprésente dans les débats. Mais un constat est revenu avec insistance : les enjeux ne sont plus seulement technologiques.
Les premiers cas d’usage ont démontré le potentiel de l’IA et, désormais, le véritable défi consiste à réussir son passage à l’échelle. Cela signifie concrètement transformer les organisations, leurs processus, parfois leurs business models, faire évoluer les compétences et adapter les modes de management. À mesure que l’IA progresse, les qualités humaines prennent encore davantage de valeur : esprit critique, collaboration, capacité d’arbitrage, leadership… La création de valeur se déplace progressivement de l’exécution vers le jugement et la décision.
La démonstration d’Invincible Voice, développée par Kyutai avec Olivier Goy, entrepreneur atteint de la maladie de Charcot, en a offert une illustration particulièrement forte. En accompagnant en temps réel les conversations de personnes atteintes de la maladie de Charcot, cette solution montre ce que l’IA peut apporter lorsqu’elle est conçue pour augmenter les capacités humaines.
Investir dans les talents pour réussir la transformation
Parmi les messages forts de cette édition, celui porté par l’Agora Jeunesse(s) mérite d’être retenu : les jeunes ne considèrent pas l’IA comme une amie ou une ennemie, mais comme une alliée qui exige une « confiance vigilante ».
Les chiffres sont en effet sans équivoque : 95 % des jeunes utilisent aujourd’hui l’IA, dont 70 % quotidiennement. Pourtant, près d’un jeune sur deux, soit 45 à 55 % selon les études citées, déclare qu’il aimerait pouvoir s’en passer. Autrement dit, la capacité à exercer son esprit critique et son discernement devient plus importante que jamais.
Chez Wavestone, cette conviction renforce notre engagement à continuer d’investir dans les jeunes talents. Dans un monde où l’IA transforme les métiers, former, accompagner et faire grandir les nouvelles générations est une condition essentielle pour réussir ces transformations.
Une nouvelle équation pour la compétitivité européenne
Les Rencontres d’Aix ont mis en lumière une réalité désormais difficile à ignorer : compétitivité, souveraineté et IA sont très étroitement liées.
Pour l’Europe, cela signifie créer les conditions d’une autonomie stratégique qui renforce sa capacité d’innovation plutôt que de la contraindre. Pour les entreprises, cela implique de dépasser les expérimentations pour faire de l’IA un véritable levier de transformation.
Ces deux défis ont un point commun : ils ne se gagneront ni par la technologie seule, ni par la réglementation seule. Ils exigeront des investissements, une capacité d’exécution, du discernement humain et, surtout, une vision de long terme.